Un ami japonais appelle : « Je ne dérange pas ? » Vous dites que non. « Je voulais te demander quelque chose. » Vous l’encouragez à poursuivre, puis la question arrive. Même un bref appel peut avoir plusieurs portes d’entrée.
Offrez un cadeau à un ami japonais : il peut commencer par chercher le bord du ruban adhésif. « Tu peux déchirer. » Pourtant, il décolle aussi le morceau suivant. Avant le cadeau, le papier retrouve sa forme de feuille entière.
Vous allez jeter une impression ratée, mais un collègue japonais retourne la feuille : « Ce côté peut servir. » Quelques feuilles deviennent un petit bloc-notes. Au dos des notes du jour, les anciens documents travaillent encore.
Un jour de pluie, un ami japonais cherche une housse pour son parapluie à l’entrée d’un magasin. Ni housse ni porte-parapluies : il le replie et regarde encore. Avant les achats, il faut trouver quoi faire du parapluie mouillé.
Devant un film en appartement, un colocataire japonais baisse le son pendant une explosion. Le dialogue devient inaudible : il remonte le volume. Plus le film s’agite, plus la main sur la télécommande travaille.
Chez un ami japonais, l’invité prend place sur le canapé qu’on lui propose. L’hôte s’assied au sol, le dos contre ce même canapé. Tous deux utilisent le même meuble, mais pas à la même hauteur.
Chez un ami japonais, vous approchez d’une chaise vide : « C’est la place de papa. » Les autres semblent aussi avoir leur occupant habituel. Aucun nom n’est écrit, mais la table possède apparemment son plan de salle.
Devant un grand sandwich, un ami japonais peut proposer de partager. On commande une autre garniture et on la divise aussi. Les deux assiettes finissent identiques : une commande par personne est devenue une petite dégustation.
En mangeant des nouilles avec un ami japonais, vous entendez une aspiration et relevez la tête. Votre ami prend tranquillement la bouchée suivante. Le repas vient simplement de trouver sa bande sonore.
Après le dîner, un colocataire japonais emballe même les plus petits restes. Au matin, le réfrigérateur contient plusieurs bouchées bien protégées. L’étagère est pleine, mais il manque encore un peu de quoi déjeuner.
Vous venez de vous quitter lorsqu’un ami japonais envoie un message de remerciement. Vous répondez ; il propose de se revoir. Les adieux terminés à la porte font encore un petit tour sur le téléphone.
Pour placer le groupe sur une photo, un ami japonais pointe son nez : « Moi ? » La personne à l’appareil s’attendait à un geste vers la poitrine. Elles parlent bien de la même personne, mais ne pointent pas au même endroit.